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Les jardins de pierres

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Samuelle Daee
LANGUE DE PLOMB.



MessageSujet: Les jardins de pierres Sam 3 Nov - 3:55

CRACK!

--> En provenance de: http://kingscross.forumactif.com/t329p15-emplette-d-importance#3187

C’était forcément à l’est… Parce que le crépuscule vient toujours de l’est… Un estant très éloigné sous un ciel plombé de tempête. Lukas n’eut pas le temps de retrouver son équilibre que quelqu’un lui balaya les jambes d’un croche pied : « Baisse-toi! » Et pour faire bonne mesure, Samuelle lira sur sa robe de sorcier. « Qu’est-ce qu’on fait ici??? » Elle savait manifestement où ils étaient. « Comment t’as fait pour entrer??? Il faut trouver la pierre de garde et suivre la sombre sente pour atteindre les champs de pierre. » Juste une pointe d’admiration mêlée de stupéfaction. Elle parlait à voix basse comme quelqu’un qui craint de se faire surprendre même s’ils se trouvent plaqués le nez dans la poussière… Du chapeau, son nouveau chapeau, elle rafla griffure pour la mettre à l'abri.

L’expression champ de pierre est évocateur. Le sol est couvert de cailloux jusqu’à l’horizon. Un horizon qui omet de s’incurver avec la distance… Quelque chose de pas naturel. Quelque chose dans l’arrangement des pierres, comme si elle avait été entasser là par une main humaine.

Samuelle regardait nerveusement autour d’elle. « Pourquoi??? Comment tu as trouvé la pierre de garde? » Et en disant ses mots, elle inspira profondément en proie à une épiphanie. Elle se calma soudainement. « Ce n’est pas toi… c’est moi… » Elle le dévisagea comme si elle attendait qu’il valide cette constatation. De la déception se lisait dans ses yeux d'or alors qu'elle réalisait que la solution à cette énigme était elle-même. Cela aurait été tellement plus facile si cela avait été lui. « Tu ignores ce que c’est, n’est-ce pas? Tu ne sais pas où nous sommes… » Involontairement elle l’avait introduit au cœur du deuxième secret le mieux gardé de son clan, le premier lui faisant la conversation. Ils allaient la haïr. « Ma famille, les Daees du clan Daee, entretient des archives… Ils chroniquent l’histoire du monde… » Et d’un geste de la main qui engloba tout l’horizon, elle ajouta : « Depuis la nuit des temps… »

C’était du pouvoir. Du pouvoir accumulé sous forme de petits cailloux. Des vérités, des mensonges, des secrets ayant influencé le dénouement de grandes batailles. C’était des réponses… Des réponses à tous ses questionnements. « Ils n’ont rien de plus précieux. » confirma-t-elle. « Et si je pouvais me rendre maître des champs de pierre, je serais libre. C’est à ça que je pensais quand l’arbre m’a propulsé dans les airs… »


Elle se releva énergiquement et posa le chapeau sur sa tête, renversant griffure dessus dessous. « On ne peut pas rester ici, on y perd trop facilement la notion du temps et le Windigo pourrait pour attendre à la sortie. Occupons nous d'abord de Balto! » Le Windiquoi? avait-elle dit? Elle tendit la main entre eux, paume découverte. « Et maintenant, rends-moi ma baguette! »

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Lukas K. Ustaz
CRIMINEL TROMPE-LA-MORT.



MessageSujet: Re: Les jardins de pierres Dim 4 Nov - 4:22

Lukas avait appris à se murer dans un silence vertueux lorsqu’il était question de cailloux. Particulièrement lorsqu’il avait le nez en plein dedans. Crachant un dernier galet, il se releva pour faire face à l’agitation de Sam avec une perplexité non dissimulée. Libre. A l’évocation de ce mot, le sorcier cessa de s’abîmer dans une contemplation inquisitrice des environs pour planter son regard dans l’or des yeux de la métisse. Avait-elle jamais été si expansive ? Il inclina la tête sur le côté et la regarda comme au premier jour. Depuis tout ce temps, Sam n’avait jamais exprimé de volonté propre. Oh, bien sûr, elle s’était tout à fait démarquée par l’ostentation de ses caprices et avait fait preuve d’un ineffable talent lorsqu’il s’était agit d’exprimer son désaccord ; mais Lukas n’avait jamais su dire par quel dessein la métisse était mûe. Il y avait bien ce nous, mais un nous ne fait pas une personne. Chacun était lié à ses propres chimères.

Lukas glissa la paume de sa main au-dessus de celle de Sam, l’effleurant à peine.
- Nous reviendrons. Nous requérrons le pouvoir de ta famille et nous réclamerons ta liberté.Puis, laissant le silence assourdissant des environs faire écho à sa promesse, il ajouta :
- En ce qui concerne la baguette : le Collège est parfaitement ordonné, merci bien.

La main du sorcier enveloppa celle de la métisse.

Crack !

Pendant l’instantané intemporel du transplanage, la voix de Lukas résonna en écho :
- La fin est proche.

Crack !

Autriche, Vienne, Collège des Magiciens de Vienne.

Dans des entrelacs de fumée noire, Lukas, Sam et Griffure apparurent sur le parvis de l’Eglise des Augustins. Il faisait nuit et froid. Les lampadaires éclairaient la place non sans laisser jouer les ombres. Mise à part Griffure, il n’y avait pas un chat dans les environs. En revanche, il y avait un chien. Balto se tenait assit au beau milieu du parvis à une trentaine de mètres de Lukas. Ce dernier n'attendit pas une minute, sortit sa baguette et fendit l’air d’un revers de poignet. L’animal se dissipa. Une illusion.

Lukas n’avait jamais envisagé d’orchestrer un quelconque effet de surprise. Le sauvetage de Balto devait se dérouler baguette à la main et il espérait juste que la baguette en question allait tenir le coup. Griffure savait pertinemment quel rôle elle avait à jouer et par conséquent ne quitta pas le dessus de la tête de Sam, camouflée sous son chapeau nouvellement acquis.

- Ils savent que nous sommes là. Ils ont renvoyé les élèves et gardé les Liseurs, dit-il les yeux fermés. On ne peut décemment pas rentrer par la porte principale. Si tu voulais bien, Samuelle, nous faire rentrer avec un peu plus de classe… dit-il en tapant du pied au sol. Elle l’avait déjà fait, elle pouvait le refaire. Attention, néanmoins, ils savent qui tu es à présent et ce dont tu es capable…

Il se tourna vers elle et plongea son regard dans le sien.
- Jetons-nous dans la gueule du loup et tranchons-lui la gorge de l’intérieur.

La fin était proche. Le verdict allait tomber. Le cœur de Lukas battait la chamade. Toutes ces années...

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Samuelle Daee
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MessageSujet: Re: Les jardins de pierres Mar 6 Nov - 3:12

Samuelle eut un reniflement dédaigneux. « On ne réclame pas sa liberté; on la prend. » fit-elle avec morgue, le menton haut, l’air indubitablement sauvage. Quelque chose l’avait heurté, elle et son indépendance. Par sa promesse il avait mis en relief que ce ‘nous’ n’était en rien compatible avec la notion de liberté.

Avant même de réaliser où ils étaient, Samuelle fit un pas dans la direction de Balto, prête à se jeter au garrot de l’animal. Elle se serait facilement laissée leurrée par l’illusion si Lukas ne l’avais pas fait disparaitre. Pas vraiment parce qu’elle n’avait pas les moyens de la reconnaître mais plutôt parce qu’elle était trop honnête pour l’envisager. « Humf! » réprouva-t-elle avant de se ressaisir. C’était déloyal… « De la décence? De la classe? » l’interrogea la métisse comme si elle cherchait à vérifier s’ils avaient la même définition. « Tu veux plutôt dire que tout le monde s’attendrait à ce que tu me demandes de te faire passer par la pierre… C’est pour ça qu’ils ont posté Balto à la porte… »

Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, dans son dos, vers les étoiles… Comme si elle avait remarqué quelque chose… Sa figure n’exprimait aucune surprise… Plutôt comme si elle avait vérifié quelque chose… Quelque part à la limite de l’entendement, Lukas entendit le rire de Lisa… Juste quelques notes se perdant dans le brouhaha de la ville… Et là dans l’ombre de cette arche, est-ce que ce n’était pas la silhouette de Saturnin? Une brise soudaine, chariant un parfum de boue et de charogne, souffla sur l'Eglise des Augustins. Quelque chose que même les liseurs et les patriarches, à l'abri à l’intérieur des murs, purent entendre: l'appel à l'abîme.


La sorcière marcha résolument vers la porte. Il émanait d'elle une sorte d'aura, de nimbe de ténèbre. L'ombre qu'elle projetait était longue et noire. « Ils ne savent pas qui je suis… Et ils ignorent ce dont je suis capable... » C’était un avertissement. Elle poussa la lourde porte et passa le seuil. « Alors? Tu viens? Je n’ai pas de baguette, moi… Je ne vais pas me taper tout le boulot! » Au moins s’était-elle abstenue de cogner à la porte.

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Lukas K. Ustaz
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MessageSujet: Re: Les jardins de pierres Ven 9 Nov - 6:09

Et de l’ombre survinrent les Patriarches de Vienne. Trois d’entre eux vêtus de leur toge pourpre sortaient de l’Eglise des Augustins, baguettes au clair, poussant Samuelle à rejoindre Lukas au centre du parvis. Les autres apparurent dans une série de détonations sourdes et se positionnèrent en cercle autour du sorcier et de la métisse. Les Liseurs, en toge noire, s’invitèrent également dans la nuit ; l’un d’entre eux tirait, au bout d’une chaîne lourde et rouillée qui grelottait au contact du pavé, le corps inanimé de Balto. L’animal était maigre et son poil était tombé par plaques. Épuisé, lorsque le Liseur eut fini de le traîner jusque sous la lumière d’un lampadaire, il eut à peine la force de tourner la tête vers Sam et Lukas.
- Quelle folie de venir ici ce soir Lukas… dit une voix gutturale émanant de derrière un capuchon rouge. D’autres sorciers qui n’étaient ni des Liseurs, ni des Patriarches apparurent au compte-goutte mais sans discontinuer. Bientôt, il fut impossible de les dénombrer tous. Une chose était sûre, il y avait de l’agitation bien au-delà du parvis ; le signal avait été donné et on répondait présent. Les Patriarches avaient levé une armée. Lukas regarda la lune, ferma les yeux et humait l’air. Boue et charogne.
- C’est donc une lune pleine et rousse qui sera témoin de la chute de Vienne.
La réponse fut immédiate. Un Patriarche électrocuta Balto d’un revers de baguette. Le corps de l’animal se souleva de convulsions avant de retomber tel un pantin désarticulé sur l’humide pavé du parvis. Immédiatement Lukas et Griffure payèrent les frais du lien qui les unissait à Balto et ressentirent pleinement sa douleur. Samuelle ne fut pas en reste.
Se redressant après avoir courbé l’échine de souffrance, Lukas tourna la tête vers le chien. L’horcrux ne réagissait plus ; à peine quelques relents de fumée noire s’échappèrent de la gueule de l’animal. Lukas s’avança vers lui et le Liseur qui le tenait en chaîne. Il y eut du mouvement dans l’assemblée mais au final personne ne bougea. Le maître s’agenouilla auprès de son fidèle compagnon et entreprit de lui caresser la tête. L’animal cligna des yeux pour toute réponse ; des yeux qui laissèrent couler des larmes.
- tenta-t-il sans arriver à parler.
- C’est fini Balto, dit Lukas en lui flattant l’échine. C’est fini.
- Oh, non, répondit un Patriarche tout proche. Cela ne fait que commencer…
Lukas se releva, le visage soudainement en larmes, et s’éloigna du chien qui fixait à présent Sam d’un regard triste. Puis se retournant vivement dans un cri qui fendit la nuit en écho le sorcier scinda l’air de sa baguette nouvellement acquise et la tête du beauceron se détacha du reste de son corps, tranchée net, pour aller rouler un peu plus loin.
Le Liseur qui tenait le fer eut soudainement l’air con ; abasourdi par ce qui venait de se passer ; fixant la tête de l’animal qui venait de glisser devant lui et fermement cramponné à la chaîne comme refusant d’admettre la réalité.
Il y eut de l’animation du côté des Patriarches mais personne n’osa bouger. La mort de l’horcrux avait engendré une douleur à la limite du supportable chez Lukas mais la mort de Balto fut bien pire. Les images de sa vie passée aux côtés de l’animal ressurgirent comme un raz-de-marée. Le choc émotionnel fut d’autant plus brutal que la compassion, que Lukas avait enfermée au sein de l’horcrux, renaquit en lui.
Le Chercheur de Sorts eut envie de vomir. Et puis l’envie devint une nécessité. Alors qu’il rendait tripes et boyaux, un Patriarche s’avança vers lui, baguette tendue. Au même moment, un bon nombre d’autres baguettes se pointèrent sur Sam. Griffure respirait rapidement sous le chapeau de la métisse. La chatte se contenait autant que possible et n’avait qu’à peine bronché quand Balto fut décapité.
- En garde Lukas, dit sobrement le Patriarche qui le tenait en joue. Il est plus que temps de mettre un terme à tout cela. Proprement et sans détour cette fois.
Rabaissant son capuchon et découvrant le visage d’un vieil homme cacochyme, le sorcier adopta la position du duelliste. Tandis que Lukas, en sueur, essuyait sa bouche d’un revers de manche et se redressa finalement. Toutes ces années… Le verdict allait tomber. La fin était proche.
Visiblement le vieil homme attendait que Lukas fasse le premier mouvement. Et ce dernier ne se fit pas prier. Il lança un sortilège qui se matérialisa sous la forme d’une boule de lumière blanchâtre filant vers le Patriarche. Celui-ci la dissipa sans ambages et avec une telle aisance qu’il en parut décontenancé. Se tournant d’abord vers ses confrères, il finit par émettre un petit rire ridicule qui résonna sur le parvis.
- AVADA KEDAVRA ! s’écria-t-il soudainement en pointant sa baguette sur Lukas.
Le verdict. Lukas ferma les yeux.
Le silence. Tout juste le sifflement d'une brise. Il ouvrit un œil. Puis les deux.
Pas de lumière verte. Aucune détonation. Rien.
La bouche du Patriarche béat. Ses yeux clignèrent frénétiquement. Il se lança finalement dans divers mouvement de manche mais aucun sortilège n’émana de sa baguette. Pas même l’ombre d’une étincelle.
- C’est impossible, murmura le Patriarche, privé de sa magie.
- Il a réussi, murmurèrent des Liseurs.
- ABATTEZ-LE !! s’écria un Patriarche qui avait plus de présence d’esprit.
Les sorts fusèrent de tout bord et le parvis des Augustins vira au spectacle pyrotechnique de grand acabit. Griffure entra en scène lorsque les sorts commencèrent de fondre sur Samuelle. Immédiatement, l’horcrux se réveilla dans des entrelacs de fumée noire et enveloppa la métisse dans un cocon d’exhalaisons funestes. Les sorts, aussi fatals furent-ils, n’eurent pour seul effet que d’accroître la puissance de l’horcrux jusqu’à ce que trois Patriarches conjuguent leurs efforts et créèrent un feudeymon qui le dévora. Finalement, le corps inerte de Griffure gisait au sommet du crâne de Sam et une petite pierre que la métisse connaissait bien tomba aux pieds de cette dernière.
Trop occupé à contrecarrer les sortilèges qui lui étaient destiné, Lukas sentit à peine la mort de Griffure et encore moins ce qui se passa ensuite. Les horcruxes détruits, l'âme du sorcier se retrouva à nouveau en un seul morceau. Le poison de la mort le quitta et sa malédiction avec. Les stigmates s’effacèrent et Lukas recouvra ses traits d’avant sa résurrection. Un changement de faciès qui laissa bon nombre de ses assaillants penauds, à leur grande infortune.

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Samuelle Daee
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MessageSujet: Re: Les jardins de pierres Sam 22 Déc - 21:20

La chute de Vienne? S’interrogea la métisse, Vienne, ce n’était que les patriarches et leur collège? Tous était-il sorcier? Pensa-t-elle encore avant d’être foudroyée par la souffrance de Balto. Contrairement à Lukas, elle ne se contenta pas de fléchir mais s’agenouilla carrément au sol, posant ses paumes sur les larges dalles de pierre du parvis. Émue, elle haletait. Pour Samuelle qui ne tolérait aucune association, la torture de Balto fut un supplice. « Arrêtez, c’est cruel, il ne peut même pas se défendre! C’est un chien! » plaida-t-elle… Et alors, Lukas décapita l’animal. L’incompréhension balaya toutes les autres émotions des traits de la métisse…

Ce n’était pas son monde… Dans son monde à elle, les chiens ne parlaient pas. Les horcruxes n’existaient pas. Personne n’usait de cette sorte de magie et surtout pas de cette manière. Le pouvoir du clan, c’était elle, et jamais personne ne s’était suffisamment sentit menacé pour pointer une baguette ou une arme quelconque dans sa direction. On l’avait contrainte de bien des manières mais jamais par la menace. Samuelle resta là, dépassée par la situation, spectateur impuissant de ce que Lukas avait appelé La chute de Vienne. Dans sa torpeur, elle sursauta en entendant le sorcier lancer l’Avada Kedavra. L’atmosphère de la place changea, passant de l’orgueil et de la confiance à la peur.

D’un geste convulsif, elle balaya la cendre qui la chapeautait et sa main entra en contact avec la pierre. Ce n’était pas la pierre qu’elle avait offert à Balto. Ce n’était pas la pierre qu’avait laissé Philippe. C’était l’une de ses pierres personnelles, perdue au domaine Rocstone. Les pierres personnelles d’un Daee sont les plus puissantes… Celle-ci attestait de sa nature : Humaine, faite de chair et de sang… Pas tout à fait humaine… Djinn des déserts arctiques et des grands espaces. Un alf de la nuit se nourrissant d’âme et de sang. Et pourtant les patriarches avait une bien plus grande pratique de la violence qu’elle. Elle referma le poing autour du minéral.

Un chasseur, un vrai chasseur, qui choisi de pister un grand prédateur, accepte l’éventualité de devenir la proie de celui qu’il chasse. Aussi le traite-t-il avec respect et détermination. Il restera sur ses gardes, ne présumant jamais de l’attribution des rôles et de qui chasse qui.

Le Windigo. Plus grand que le plus grand arbre de la forêt. Un géant à la gueule aussi large qu’un four et au corps pareil à celui d’un ours mort depuis longtemps. Hirsute. Son cœur est glacé. Sa voix est celle du vent qui souffle sur l’enfer des solitudes glacées. C’est un alf de l’abîme bien antérieur aux mythes du septentrion. Son nom signifie à la foi ‘canibale’ et esprit du démon; son nom désigne à la foi le démon et le fait d’agir comme un démon. Il n’y a rien d’autre que la folie et la mort à attendre de lui. Il est un appel à l’abîme, à la sauvagerie. Il peut contaminer un homme, une famille, une compagnie, tout un village, toute une ville? Il est la personnification de l’appel du vent que certains entendent et qui les conduits à la destruction. « Windigo! » psalmodia la métisse. Son regard plongea au-delà des étoiles, vers le monde des esprits.

Le ciel nocturne de la ville de Vienne, irradié de sortilège, s’assombrit et les réverbères s’éteignirent indistinctement dans la ville, tous sauf un… Un halo de lumière jaune subsista sur le parvis de l’église des augustins, un lampadaire brillant comme une étoile unique posé au milieu de l’immensité. Il était là. Il avait été lancé sur leur trace à eux mais le Windigo savait se repaitre de la peur.

Leur cœur se gela dans leur poitrine, le Windigo le trempant dans le noir et leur rappelant un flot de souvenir qu’ils souhaiteraient oublier… Son odeur imprègne l’air qu’ils respirent. L’appel se glisse entre deux silences, s’y accrochant, s’y ramifiant. L’appel prend de la consistance, se nourrissant du malaise ambiant, grandissant. Un appel d’une telle profondeur qu’elle fit frissonner l’assemblée. Personne n’est à l’abri, pas un patriarche, pas un liseur, pas le moindre sorcier qui se trouvait là.

Elle aurait dû le lui dire. Elle avait eu plein d’occasion de le faire… Elle savait ce que ses frères avaient mis à leur trousse. Philippe lui avait laissé un avertissement clair. Philippe avait laissé Lukas écouter… L’orgueil l’en avait dissuadée… Elle croyait pouvoir lui échapper. Après tout, elle était avertie, Lukas était un sorcier; un humain mais tout de même un sorcier... L’âme de Samuelle cherchait depuis longtemps une façon de s’exprimer. Elle avait reçu une éducation stricte et traditionnelle, dirigée vers la servitude. Il n’était pas sage pour elle de quitter la protection de son clan. Parce que l’âme des djinns est sauvage et qu’elle s’accorde si bien à celle du Windigo, cherchant à s’émanciper.

Elle savait comment se débarrasser des ombres. Il n’y avait qu’une chose à faire : se rire de la peur, parce que la nier serait le plus sûr moyen de tomber sous son emprise. Pourtant Samuelle agenouillée au centre de la place, sous le réverbère, l’accueillit, l’affronta, l’accepta. Le Windigo désigne à la foi le démon et le fait d’agir comme un démon.

Une rafale sanglante martela les pavés, chaude et gluante. Ceux qui se trouvaient à la limite du cercle de lumière ressentirent une impression de vide derrière eux. Se retournant, ils découvrirent que la foule qui se pressait un instant derrière eux s’était étiolée… L’odeur du sang masquait presque celle doucereuse de la putréfaction. Un téméraire qui tenta de prendre la fuite fut littéralement soulevé du sol et disparu dans la nuit, ses hurlements s’achevant soudainement. Tout à coup, les sorciers se trouvèrent prit entre deux feux indécis sur la conduite à tenir, hésitant entre une menace et une autre, leur instinct primaire leur soufflant que la pire des deux se trouvait à l’extérieur du cercle de lumière alors que leur raison les poussait à affronter le sorcier qui menaçait leur pouvoir.

Personne ne soupçonnerait Samuelle. Elle n’avait même pas de baguette… Toute la responsabilité de ce massacre incomberait à Lukas. « Windigo! » répéta la métisse, comme si elle saluait un vieil ami.

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